À propos du vidéogiciel : Phoenix Wright : Ace Attorney

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jeudi 9 septembre 2021

Phoenix Wright : Ace Attorney (Wii)

Le jeu est constitué de quatre affaires. La première m'a bluffé et fait crier au génie. Les deuxième et troisième m'ont ennuyé et fait relativisé la puissance du concept… La quatrième enquête a regonflé mon enthousiasme et m'a fait voir aussi les limites du système.

PWAA nous fait jouer des procès extrêmement prenants. La première affaire est simple, limpide : le meilleur ami de Phoenix est accusé du meurtre de sa copine et en plus il y a un témoin! Paul, l'ami, jure qu'il est innocent. Comment Phoenix va-t-il le disculper?

Les musiques, exprimant tour à tour le stress, l'emballement, le répit, font des procès des séquences très vivantes. Les personnages ultra expressifs y sont aussi pour beaucoup.

La première affaire bénéficie énormément de son caractère concis. Elle est le meilleur ambassadeur possible pour nous faire adhérer à ce tout nouveau système de jeu.

[Système qui nous fait principalement procéder au contre-interrogatoire du témoin de l'accusation, à trouver les failles dans son discours et à mettre en lumière ses contradictions avec les éléments de l'enquête. Notre rôle ne se limite pas à cela, car nous avons aussi à faire plusieurs choix de discours cruciaux au cours des procès. On perd si on dit plus de 5 bêtises. Si on réagit sur une phrase de la déposition du témoin avec un élément de l'enquête qui n'a rien à voir, le juge nous sanctionne. Après 5 sanctions toute l'affaire est perdue. Notez que ça ne m'est jamais arrivé, mais qu'on peut sauvegarder à tout moment pour se rassurer.]

La deuxième affaire fait retomber le soufflet en nous imposant une phase d'enquête avant le procès (ce qui devient le rythme normal du jeu) où on doit réunir des informations et indices en examinant des décors, dialoguant avec des personnages et en leur présentant des éléments pour les faire réagir.

Souvent je ne trouvais pas quoi faire, du coup j'utilisais tous les objets sur tout le monde et c'était laborieux. En plus, cette deuxième affaire s'est révélée bien moins efficace que la première. J'étais moins pris dans l'action.

Même constat avec la troisième affaire, sur le samouraï d'acier. Mon enthousiasme fou-fou du début s'est alors bien évaporé.

Et puis est venue la quatrième affaire. Tout a mieux fonctionné. L'enquête s'est révélée plus vraisemblable que les autres et donc plus fluide pour moi. Le récit à tiroirs avec des milliards de rebondissements était on ne peut plus efficace.

Mais j'ai quand même pris conscience d'un assez gros défaut. Quand au tribunal, lors d'un contre-interrogatoire, je cherche à pointer la contradiction sur une partie de la déposition du témoin, il m'est souvent arrivé de présenter un élément du dossier et que le juge me REFOULE, juste parce que le jeu n'a pas prévu mon raisonnement. Et pourtant je serais capable d'expliquer mon raisonnement par A+B, mais non : il faut utiliser tel élément sur telle phrase de la déposition, sinon ça ne passe pas. C'est rageant et ça sort vraiment du jeu. Il aurait fallu que les développeurs intègrent plus de raisonnements possibles… parce que celui qu'ils ont choisi n'est que arbitrairement le seul valable, pas logiquement.

Malgré cela, l'immense qualité d'écriture de la quatrième affaire m'a définitivement réconcilié avec PWAA.

Pas un chef d'oeuvre de génie absolu comme je le pensais au terme de la première enquête, mais un sacré bon jeu, au concept perfectible mais qui brille comme jamais quand l'écriture est au diapason.

Chose rare, les personnages sont de surcroît très attachants. Ils ont une fragilité, un côté à fleur de peau, avec un bon fond, qui les rend fantastiques.

Enfin, ce jeu est… intelligent. Il nous fait activer nos neurones, suivre des raisonnements logiques, chercher des contradictions. Si Phoenix Wright est aussi prenant c’est qu’il est un jeu captivant, où l’on réfléchit en permanence.

Merci Shu Takumi ! Déjà que vous m’aviez régalé avec Dino Crisis 2, votre Phoenix Wright m’a enchanté !

Sur la version Wii je n’ai raté quasiment aucune occasion de présenter une preuve en brandissant rageusement la Wiimote vers l’écran. Cathartique et jouissif !

Verdict = vaut le coup !

Phoenix Wright : Ace Attorney (DS)

J’ai joué à la version DS uniquement pour faire la cinquième affaire, uniquement disponible en DLC sur Wii et donc aujourd’hui inaccessible (car la boutique en ligne Wii a fermé).

Après avoir joué un peu (mais pas trop)

Bon, cette cinquième affaire n’est pas aussi passionnante que la quatrième qui la précède. La nouvelle partenaire de Phoenix a un design un peu trop passe-partout et elle se montre plus lourde que rigolote ou attachante.

Il y a cependant un bon point, c’est que l’on peut – doit – maintenant inspecter les objets du dossier sous toutes leurs coutures, pour révéler de nouveaux indices. Cela rajoute une nouvelle couche ma foi bienvenue au travail d’enquête.

La première séquence au tribunal m’a gonflé. Au premier contre-interrogatoire, j’ai attaqué le témoin sur chaque phrase, rien ne s’est passé. J’ai essayé différentes preuves sur différentes phrases car je voyais bien la contradiction : le témoin ne pouvait avoir vu l’accusée utiliser le téléphone de secours puisque celui-ci était derrière une cloison dans le champ de vision du témoin. Donc je cherchais à démontrer cela mais impossible. J’ai senti l’embrouille du bug (ma hantise dans les jeux de réflexion) et suis allé me renseigner sur internet. Il se trouve qu’il fallait attaquer les phrases 1, 2 et 4 dans cette ordre, pour que le témoin apporte une nouvelle pièce à conviction, une photo, qu’on peut ensuite utiliser pour démontrer la contradiction. Punaise ! J’avais bien attaqué toutes les phrases mais pas dans cet ordre. Ca vous voyez je trouve ça mesquin. Et le fait que j’avais bien compris quelle était la contradiction, que je pouvais moi le prouver avec les pièces en ma possession mais que le jeu n’en veuille pas, c’est une vraie limite de ce premier volet de Phoenix Wright.

Pour l’instant même l’humour de cette affaire est lourdingue, entre Ema qui prend n’importe quoi en notes et Angélique qui dégaine un panier-repas différent à chaque réplique. Cette dernière est particulièrement insupportable.

Après avoir terminé l’affaire

Je suis dég’, comme au chapitre 4 je n’ai pas trouvé la bonne pièce à conviction pour remonter le moral de Hunter à la toute fin. Ca me déçoit particulièrement car j’ai l’impression de casser l’ambiance avec mon incompétence.

Malgré tous les défauts de cette cinquième enquête, je fais deux constats :

  • ça devient très prenant quand même à un moment

  • le cœur du jeu, commun à tous les chapitres, est génialissime

La musique et le son sont très expressifs et participent énormément à la narration et donc à l’expérience. Ne pas oublier que le jeu a été développé à l’origine pour la Game Boy Advance et devait donc s’appuyer sur davantage que le visuel pour transporter !

Le thème de victoire (« Won the Lawsuit ! »), qui intervient à la fin d’une affaire résolue, quand tout le monde se dit au revoir et se remercie, est magnifique. J’entends le réconfort mais aussi la mélancolie : la séparation d’avec les intervenants de l’affaire, la fin de quelques jours intenses et partagés, chargés d’adrénaline, tels qu’ils donnent son sens à une vie ; la « déprime » au sens littéral du terme puisque la pression retombe tout d’un coup ; puis le retour à un quotidien plus tranquille mais aussi moins stimulant, dans lequel on a fini d’être un héros…

La piste « Examination » et ses variantes, qui joue quand on procède au contre-interrogatoire d’un témoin bien souvant acculant l’accusé innocent qu’on défend, met la pression, fait peur, nous tend délicieusement, nous excite les neurones pour trouver la contradiction qui nous permettra de gagner du temps auprès du Juge…

Le thème « Objection » est génial. Il vient comme une récompense, est entraînant, traduit la détermination confiante d’un Phoenix qui a su mettre le doigt dans une vraie faille de l’accusation.

Avec « Suspense » on se demande à quelle sauce on va être mangé… Il est joué quand quand le témoin et/ou l’avocat de l’accusation apparaît sur le point de faire sortir un as de sa manche qui va démolir toute notre plaidoirie…

« Investigation – Cornered », comme son nom l’indique, joue quand on a réussi à faire s’empêtrer le témoin menteur, voire le vrai meurtrier, dans ses mensonges. Un thème très énergique, confiant, dur mais clairement de notre côté.

« Reminiscence – DL6 Case » est un thème qui revient lors de flash-back tristes, quand le jeu nous dévoile le coeur blessé de ses personnages. Très beau.

Le silence : hé oui ! Le silence appuie justement des moments-clés, alors qu’on a donné, joueur, la bonne stratégie à Phoenix. La musique s’arrête, on a le souffle coupé et on assiste au tour de force de notre avocat préféré.

La musique rythme et appuie merveilleusement nos actions. Les bruitages aussi : c’est rien moins qu’un coup de poignard qu’on entend quand un méchant se prend une contradiction dans sa face ! Même son animation est celle d’un type se faisant poignarder dans le bide ! Enorme !

Et quand les avocats, sûrs d’eux (Phoenix et Hunter), posent lourdement leurs mains sur la table ? C’est juste jouissif, cathartique.

Bon il y a aussi des défauts malheureusement… Un peu trop souvent dans le jeu (et pas mal dans cette cinquième affaire) la nature de la pièce à conviction à présenter pour démontrer une contradiction est arbitraire. On pourrait très bien logiquement en montrer une autre et arriver à la même conclusion, sauf qu’on est pénalisé car le jeu ne l’a pas prévu. C’est rageant.

Ce n’est pas vraiment plus satisfaisant quand le jeu nous « guide » vers la présentation d’une certaine pièce (typiquement le bout de tissu à la fin de l’affaire 5) alors qu’on ne voit pas nous-même ce qu’on va prouver avec ça. Phoenix a une stratégie à ce moment, et elle se révèle excellente, mais c’est dommage que le jeu ne nous l’ait pas fait concevoir nous-même et au lieu de ça semble nous dire « t’inquiètes, présente le bout de tissu, tu vas voir ce que Phoenix a prévu ». Bah je suis désolé mais non.

Donc cette cinquième affaire cristallise les défauts du jeu, tout en en gardant heureusement de nombreuses qualités rédemptrices. L’histoire est longue, pas aussi bonne que l’affaire 4 mais finit par être authentiquement prenante. Et l’embrouille de Phoenix à la fin, même si on en n’est pas à l’origine, relève du génie… Phoenix s’affirme vraiment comme un personnage à part entière, ce qui n’allait pas de soit dans un jeu nous laissant choisir autant de dialogues ! Mais c’est vrai aussi que l’histoire est totalement linéaire, il n’y a pas d’embranchement. Il y a une bonne façon de faire et pas deux. Cela n’enlève de toute façon aucun mérite au scénariste pour la super caractérisation du héros.

Je retiens l’agent Ballaud qui apparaît lui aussi lourdingue mais qui s’est révélé hilarant avec son cri quand il s’étrangle avec ses menottes ! Enorme !

Lana Skye m’a beaucoup énervé en s’obstinant à défendre son bâtard de maître chanteur, j’avoue je l’ai souvent détestée. Heureusement elle fait relativement amende honorable à la fin.

En conclusion

Une chose est certaine : je veux jouer aux suites !!!

Verdict = vaut le coup !