À propos du vidéogiciel : Area 51

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jeudi 9 septembre 2021

Area 51 (PS2)

Bon ben j’ai bien fait de redonner sa chance à ce FPS que je trouvais mauvais sur Xbox. Les graphismes sur PS2 me semblent moins sombres, plus jolis quelque part même, en tout cas pour la console et la résolution c’est un joli rendu. J’ai fait la version américaine donc je n’ai pas tout compris les dialogues, mais globalement j’ai vraiment fait l’effort de m’intéresser à ce qui se disait ainsi qu’à tous les documents qu’on débloque, donc je ne pense pas être trop passé à côté du scénario.

J’aime bien la fin qui voit le héros, Ethan Cole, revenu de tout, doublé par David Duchovny, défoncer le noyau du vaisseau extraterrestre, passer par un portail qui donne sur le désert du Nevada et savourer sa survie tout en regardant d’un mauvais œil des camions transporter probablement des virus pour tout recommencer ailleurs… En fait on sent là que Ethan Cole va passer le reste de sa vie à combattre les Illuminati ainsi que la menace alien et on a envie de voir cette histoire à suivre.

Le doublage de Duchovny donne beaucoup de caractère au personnage principal, qui en a bien besoin vu son physique générique de G.I. Joe sous stéroïdes (machoire tellement carée on dirait la créature de Frankenstein incarnée par Boris Karloff). Dommage que Cole ait si peu d’échanges avec d’autres gens durant l’aventure, de fait on ne l’entend quasiment que quand il monologue durant l’intro de chaque niveau (note 3 ans plus tard, en 2022 : un peu comme dans Metro 2033 ?).

L’histoire manque énormément de clarté et d’évidence et même la progression est bien trop abstraite… On est censé évoluer dans la Zone 51 mais celle-ci n’a aucune forme ; on s’enquille des environnements sous-terrains sans logique, cohérence architecturale, etc. Vraiment dommage. Mais la fin du jeu nous voit faire un tour dans la base des Aliens donc là on sent la progression du récit parce que ça ne ressemble pas du tout à ce qu’il y avait avant, c’est dépaysant. J’ai bien aimé.

L’aventure aurait pu être celle d’un journaliste ex-militaire qui découvre petit à petit le complexe sous-terrain de la Zone 51, fait des photos, combat… Le point de vue aurait été super intéressant. Là on incarne un militaire qui est là on ne sait pas trop pourquoi et qui va devoir « simplement » survivre avec ses gros guns dans un complexe où le chaos et les méchants soldats règnent. A un moment donné il sera infecté par un virus et sauvé in extremis de la transformation totale en monstre grâce à un scientifique renégat. Après cela il sera vaguement baladé par un petit Gris télépathe nommé Edgar et aura surtout envie de tout péter. On sent le nihilisme du perso à travers le doublage de Duchovny et bien sûr la nature du challenge : avancer et flinguer tout ce qui bouge.

Alors pourquoi j’ai bien aimé à vrai dire ? Et bien l’histoire est quand même captivante, sans temps mort. On avance constamment. A chaque début de chapitre le héros parle et on a donc un aperçu de son intériorité. Les armes sont chouettes à utiliser : le pistolet est le meilleur que j’aie jamais vu (puissant, précis, bon son, bonnes vibrations, réticule avec un point central minuscule parfait), la petite mitrailette a une grosse dispersion à gérer, le double fusil à pompe fait le ménage comme il se doit, la grenade intelligente est utile (c’est pas souvent que les grenades sont utiles !) et l’arme alien est ce qu’il faut d’un peu abusée.

Pourtant j’ai le fort sentiment que le jeu ne transforme jamais l’essai. Il y a de bonnes armes avec de chouettes sensations, mais ni le nombre des ennemis, ni leur « taille » par rapport au réticule, ni leurs mouvements, ni la configuration des niveaux ne nous met vraiment la pression. Ainsi très peu de batailles sont intenses (exceptions : le combat contre le Theta à la fin du jeu, puis les fusillades du tout dernier niveau). Alors que les bases étaient là. Un peu rageant. Le game design était fait, mais le level design a été exécuté sans génie.

Toute l’imagerie conspirationniste est évoquée (le plus fort étant évidemment la visite du plateau de tournage de l’alunissage de 1969… et oui car c’était une mise en scène, au coeur de la Zone 51 ! on en apprend tous les jours) mais comme c’est surtout dans des documents visibles depuis le menu principal et que le personnage s’en bat légèrement les couilles (en fait il est blasé de la vie donc un complot de plus ou de moins…) bah en fait l’histoire n’en bénéficie pas vraiment.

L’histoire est vraiment celle d’un soldat aux prises avec d’autres soldat dans un complexe sous-terrain. Malheureusement tous les complots, les aliens, les Illuminatis… C’est du décor. Sur certains aspects c’est au premier plan (on croise beaucoup de petits Gris), sur beaucoup d’autres ce ne sont que des lignes de background.

D’ailleurs le chef des Illuminati, Mr White, n’a même pas un grand rôle dans l’histoire.

En conclusion, pour moi Area 51 est un FPS claustro fonctionnel sur PS2, produit avec soin (très belles cinématiques en CGI), réalisé avec talent mais qui passe à côté de son sujet conspirationniste et échoue à nous opposer un défi épique.

Pour l’anecdote, le réticule quand on tient le fusil sniper est identique à celui d’Halo, tout comme la physique du perso quand on saute. Le côté « lunaire » des déplacements m’a beaucoup rappelé le Master Chief. La référence/inspiration est criante. Ah et aussi, au niveau de la visée au stick je trouve le réglage plus précis que sur Xbox, j’ai eu plus de facilité à contrôler le personnage sur PS2.

Verdict = ok

Area 51 (Xbox)

« Rarement j'ai assisté à un tel décalage entre la note d'intention et le résultat final. Ca semble commune mesure à notre époque avec tous ces jeux qui voudraient nous raconter telle histoire à dimension humaine tout en nous faisant massacrer d'autres humains en se couvrant derrière des rangées de caisses à la hauteur et à l'emplacement adéquats, mais là c'est un niveau au-dessus.

Regardez la jaquette : ce petit gris aux gros yeux noirs dans lesquels se reflète une partie de la prise de vue de l'alunissage américain. Les poils autour de son oeil et dans ses narines, le visage qui sort à peine de la pénombre… Ca pue la sobriété et le mystère à la X-Files, pas vrai ? On sent la théorie du complot arriver à des kilomètres et on s'en réjouit parce qu'on adore (ok je parle pour moi). Je retourne la boîte : "le complot est bien réel" est inscrit en majuscules tout en haut avec en arrière-plan le crash d'une soucoupe volante dans le désert une nuit étoilée. Puis l'accroche : "découvrez toute la vérité sur les ovnis, Roswell, les autopsies d'extraterrestres et plus encore en pénétrant dans la base militaire la plus secrète et la mieux défendue des Etats-Unis : Area 51."

J'ai regardé les interviews du casting relativement prestigieux des doubleurs : David Duchovny, Marilyn Manson, Powers Boothe, tous parlent d'un projet de revisite des légendes urbaines, un truc flippant à la mode parano, le gouvernement nous cache des choses, etc. Donc le jeu partait bien sur le papier, j'adore ce genre d'histoire à la X-Files, les conspirations, le héros seul contre tous et parano, une certaine froideur réaliste dans la mise en scène. Et bien le jeu passe à côté mais over 9000. »

C’est tout ce que j’ai écrit il y a quelques années sur cette version Xbox, qui m’a laissé une mauvaise impression du fait de la visée bof à la manette, un contrôle que je n’ai jamais bien pris en main et des graphismes trop sombres.

J’ai laissé plus tard sa chance à la version PS2 américaine non censurée et j’ai préféré.

Verdict = dispensable