Phoenix Wright : Ace Attorney Trilogy // Le vidéogiciel « Phoenix Wright : Ace Attorney – Justice for All » (PS4)

Développé par : CAPCOM (Japon)

Sorti à l’origine en : octobre 2002 (Europe, version GBA)

Comment j’ai pratiqué : Terminé en 28h (18 sessions), sur PS5 avec la manette Dual Shock 4 équipée de la fixation dorsale de commandes. 60 images par secondes. Version 1.03. Textes et « cris » en français.

Bidouilles diverses : J’ai affecté le bouton croix (validation), qu’on utilise beaucoup, sur la palette gauche de la fixation dorsale de commandes ; cela permet quand j’en ressens le besoin d’interagir avec une seule main ou presque.

Phoenix Wright est de retour !

Cette fois-ci, le prince des tribunaux va devoir en découdre avec l’impitoyable procureur Franziska von Karma ! De nouveaux personnages hauts en couleur, des scénarios incroyables et de nombreux éléments de jeu inédits : vous n’aurez pas le temps de souffler !

• Quatre nouvelles affaires complètement folles !
• Une toute nouvelle caractéristique “Verrou-psyché” : posez les bonnes questions pour pousser les témoins à dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité !
[1]

C’est le second épisode de la saga Ace Attorney, qui en compte neuf déjà sortis sur PS4. J’avais pratiqué et critiqué le premier sur Wii et son affaire supplémentaire sur NDS et avais beaucoup aimé. Ce sont des vidéogiciels assez âgés que CAPCOM a eu la bonne idée de ressortir sur consoles de salon modernes, notamment donc la PS4.

Je ne vais pas revenir sur les points détaillés dans mes deux précédentes critiques et qui restent d’actualité, comme l’utilisation de la musique très expressive qui marque les différents moments de chaque affaire, le stress, la détermination, le soulagement, le souffle coupé… C’est toujours très, très efficace !

Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers de cette série, on parle de vidéogiciels qui ont l’apparence d’un visual novel, c’est-à-dire que le VG est constitué principalement d’illustrations fixes et de bulles de dialogue, même si les personnages arborent différentes expressions et attitudes au fil des échanges, ce qui les rend très vivants et souvent très drôles.

Contrairement cependant aux visual novels que j’ai pu pratiquer, les Ace Attorney proposent un challenge interactif bien plus développé. Le VG nous demande en permanence de faire des liens entre les propos des personnages interrogés, et des éléments du dossier de l’affaire en cours qui entrent en contradiction avec ces propos. Le but ultime étant de révéler la vérité, que ce soit dans les phases d’enquête sur le terrain, ou au cours des procès au tribunal.

Le public doit donc s’intéresser profondément à l’affaire, à ses détails, la maîtriser sur le bout des doigts — en tout cas suivre intellectuellement le fil de la progression de l’enquête, pour à tout moment être au moins au même niveau de compréhension des événements que le héros avocat que l’on incarne, Phoenix Wright. Seulement à cette condition, le public est-il capable de trouver les failles logiques dans les déclarations des différents témoins, et être en mesure de les contredire pertinemment en présentant la bonne pièce à conviction.

C’est super sur le papier, mais ma frustration récurrente avec la série, c’est que j’ai trop souvent du mal à trouver la pièce à conviction que le VG attend que je présente, et par conséquent, j’use et abuse de la possibilité de sauvegarder et recharger ma progression à tout bout de champ — ce qui est complètement naze et détruit l’immersion.

Toutes les affaires ne sont pas égales, et certaines me font plus galérer que d’autres avec les liens plus ou moins logiques qu’elles requièrent… J’ai notamment eu énormément de mal avec l’affaire numéro 4, la dernière. Non seulement j’ai galéré à trouver les bonnes pièces à présenter lors de nombreux dialogues, mais le VG fait aussi appel à deux reprises (je crois) à une mécanique très rare et très peu évidente, qui consiste lors des contre-interrogatoires à attaquer le témoin sur une certaine partie de sa déclaration seulement après l’avoir attaqué sur une partie postérieure de sa déclaration et en avoir obtenu — sans que cela soit mis en évidence — une certaine information. Dit autrement : une déclaration comporte cinq parties généralement, on peut toutes les attaquer pour que le témoin développe, mais dans certains cas précis, pour que l’attaque d’une certaine partie de la déclaration aboutisse à une contradiction (et donc pouvoir avancer), il faut que Phoenix ait obtenu une certaine info en ayant attaqué au préalable une autre partie, parfois postérieure, de ladite déclaration — ce qui est pour moi particulièrement contre-intuitif.

C’est une mécanique tellement peu exploitée par le VG que je n’ai jamais vraiment appris à m’en servir, ou à être simplement conscient de son existence, avant la dernière affaire.

Il faut signaler aussi qu’en plus de l’ensemble des pièces à conviction qu’il est possible de présenter, on peut également présenter un profil de personnage ; cela étend encore l’ensemble des « réponses » entre lesquelles choisir à chaque fois que le VG nous charge de révéler une contradiction — ou de justifier un raisonnement de Phoenix — et cela augmente d’autant plus la difficulté (les profils des personnages n’étaient pas « présentables » dans le premier épisode).

Moi j’adore ce principe de trouver des liens logiques peu évidents pour fonder des raisonnements critiques afin de révéler une contradiction ou de justifier une théorie sur le cours des événements autour d’un crime. Ça me passionne et c’est très stimulant. Ce que je regrette c’est le degré de difficulté que j’estime mal maîtrisé. Certains liens à établir me sont apparus trop arbitraires, peu évidents, quand d’autres qui à moi me semblaient clairs étaient rejetés par le VG et pénalisés. Car on a une barre de vie, qui descend plus ou moins à chaque erreur, en fonction des enjeux de l’histoire à ce moment.

Mais les développeurs ne semblent pas avoir une grande confiance en l’équité de cette barre de vie, puisqu’ils nous laissent nous en affranchir avec la possibilité de sauvegarder et recharger notre progression à tout instant…

Plutôt que de nous laisser casser le challenge en rechargeant à outrance, les développeurs auraient mieux fait de nous opposer des défis logiques plus justes, plus réguliers, moins arbitraires, un peu plus évidents… La plupart le sont à vrai dire, à l’échelle de toute l’aventure et de ses quatre affaires ; mais trop ne le sont pas, et, dans mon cas, ternissent l’expérience.

Je dois préciser que j’ai parcouru la dernière affaire, numéro 4 donc, après une assez longue pause : en août 2026, alors que j’avais fait les trois premières affaires sur une semaine en un peu plus de 15h et 9 sessions entre le lundi 30 mars et le vendredi 3 avril (merci l’outil PS Timetracker). J’ai passé un peu moins de 13h et la moitié de mes sessions uniquement sur l’affaire numéro 4 ! Je l’ai trouvée extrêmement longue et, malheureusement, fréquemment laborieuse avec des liens logiques trop évanescents pour les identifier sans avoir à tester un grand nombre de pièces et de profils en désespoir de cause et en rechargeant plusieurs fois une sauvegarde.

Il me semble qu’au sortir de l’affaire numéro 3, j’étais beaucoup plus positif ; j’avais bien moins galéré avec les premières affaires. Et au-delà de ça, j’étais transporté par les affaires et notamment leur dimension très humaine, touchante.

Je repense à l’affaire du Cirque Hullère, la numéro 3. Un accident dramatique avec un lion avait par le passé noué des rancœurs profondes qui ont fini par aboutir au meurtre sur lequel on enquête. J’avais trouvé la psychologie des différents intervenants très fine, et notamment celle du tueur, qui n’était pas du tout un démon, mais un humain qui n’avait pas été en capacité de surmonter sa peine et de faire le deuil de son frère — jusqu’à commettre l’irréparable et l’impardonnable. Ça parlait de notre psychologie, de nos affects, mais aussi de la vie d’un cirque, de la vie en communauté, de la proximité avec des personnes dont on estime qu’elles nous ont fait du mal ou du tort… J’avais trouvé ça très humain et très touchant.

Et d’ailleurs même dans l’affaire numéro 4, le personnage de la manageuse Andréa Landry est très intéressant ; elle est décrite comme étant « codépendante » au niveau psy, c’est-à-dire que c’est une personne qui sait difficilement vivre sans « fusionner » avec une autre. C’est quelqu’un de très froid et calculateur en apparence, et qui s’avère en réalité très vulnérable. Notamment dans ses angles morts intellectuels : elle pense à énormément de détails, elle est brillante mais certaines choses lui échappent, immanquablement.

Beaucoup d’humanité dans cette saga, de suspens et de réflexion logique, c’est pour ça que je l’adore ! Malgré ses défauts. Un autre point négatif que je lui trouve, c’est la teneur des réflexions de son personnage principal, ces petites réactions qu’il ne prononce pas (ou pas toujours) mais qu’il pense et qui nous sont partagées à l’écran, entre parenthèses. Je trouve qu’il a tendance à être sexiste, dénigrant avec les jeunes filles espiègles qui l’entourent ; il pense aussi à un moment que la jeune Pearl « ferait mieux de manger de la viande que des légumes si elle veut grandir »… Sexiste, viandard, irrité par le jeu et la mignonnerie : Phoenix n’est pas loin d’être à mes yeux un gros réac’, ce qui me le rend moyennement sympathique !

Pourtant, il est admirable dans ce qui constitue le cœur de l’intrigue : son métier et son éthique d’avocat. La dernière affaire le voit devoir choisir entre faire acquitter un meurtrier détestable et se soumettre au chantage de ce dernier pour espérer sauver la vie de sa collaboratrice Maya kidnappée. Phoenix est déchiré : il a une conscience très forte de l’impact d’un acquittement sur la communauté (laisser dans la nature un assassin) et est tout autant très attaché à Maya. C’est un choix impossible, où chaque option lui est insupportable. Son rival procureur Benjamin Hunter lui lance en aparté cette pique : « vous vous trompez sur toute la ligne, nous ne sommes pas des héros, nous sommes des êtres humains ».

Ce qui me semble très juste, puisque quel que soit le choix de Phoenix, on n’a aucun mal à le comprendre… Il n’y aurait aucune gloire à laisser Maya être exécutée par le tueur, mais il n’y en aurait pas plus à laisser un être dangereux s’attaquer potentiellement à d’autres personnes. Ce à quoi est confronté Phoenix ne devrait être imposé à personne, et on ne saurait le tenir pour responsable des conséquences négatives de sa décision.

C’est en cela qu’il n’est qu’un être humain et pas un « héros » ; c’est ce que je comprends du sermon de Hunter.

J’aime toujours vraiment bien à la saga. J’espère que les épisodes suivants seront plus constants dans leur difficulté et dans la limpidité de leur logique. J’espère aussi que Phoenix sera plus progressiste et bienveillant dans ses interactions plus personnelles avec son entourage, notamment avec les femmes et les filles. C’est avec un grand plaisir que je compte poursuivre ces aventures !

Un second épisode qui a continué de me séduire par ses affaires, complexes et humainement sensibles et touchantes, mais qui m'a frustré par le caractère parfois laborieux et injuste de son challenge interactif, ainsi que par les réflexions intérieures de Phoenix un brin réac'.
Verdict = dispensable | ok | vaut le coup ! | énormissime

 

Note(s)

  1. ^ Présentation de la quatrième de couverture de l’édition Nintendo DS.

 

Galerie d’images

01a
Voici un exemple de faute d’orthographe…
01b
…qui n’aide hélas pas ensuite à prendre au sérieux une faute « intentionnelle ». Ici, le témoin désigne par « lui » une personne dont on sait qu’elle est une femme. Il faut par conséquent présenter le profil d’Andréa sur la partie précise du témoignage. Mais moi, de prime abord, je pensais que c’était juste une faute d’orthographe :S
02a
Encore une faute, certes, mais là c’est pour vous présentez Franziska von Karma…
02b
…j’ai trouvé que c’était une excellente antagoniste, sûre d’elle, méprisante, très intelligente ; et elle a cette excentricité de fouetter les gens quand ils l’énervent…
02c
…j’adore quand Phoenix ne se laisse pas faire et contre-attaque…
02d
…et alors quelle satisfaction quand on assène à Franziska un argument qui arrive à lui faire perdre sa contenance ! On sait que l’on touche au but.
03
Les traducteurs ont donné un parlé marseillais à ce personnage, dont ils ont adapté le nom en « Eva Cozésouci ».
04
Ce ventriloque morose se fait martyriser H24 par sa marionnette !
05a
Un écran caractéristique d’une phase d’enquête. Et quand je clique sur « se déplacer »…
05b
…je choisis alors parmi une liste de destinations accessibles depuis l’endroit où je me trouve.
06a
Voici un exemple de « verrou-psyché » : il s’agit de débloquer ce qui empêche une personne de répondre à nos questions en nous disant la vérité. La personne est Andréa Landry…
06b
…quand plus tard Benjamin Hunter parle d’elle, je ne peux m’empêcher de penser qu’il nous parle aussi un peu de lui.
07a
Ici, j’ai « attaqué » une partie de la déclaration de ce témoin…
07b
…et vous voyez cette parenthèse en bleu ? C’est Phoenix qui comprend un truc parce que j’ai attaqué une autre partie de la déclaration du témoin auparavant, et ainsi glané une information qui est exploitée maintenant.
08a
Cette phrase de Hunter, où il déclare à Andréa Landry que son éventuel suicide lui est égal…
08b
…choque la concernée…
08c
…mais aussi les autres personnages…
08d
…jusqu’à en reparler plus tard. Sur ce plan, l’écriture du VG est sensible et humaine.
09
Un exemple typique de contradiction à révéler : le témoin déclare qu’il portait des gants au moment de se servir un jus de tomate sur la scène de crime, sauf que nous avons dans nos pièces à conviction le verre de jus de tomate en question qui porte les empreintes du témoin.
10a
Ici Maya se motive, exprime sa détermination, son énergie…
10b
…et Phoenix réagit en son for intérieur en regrettant de « ne pouvoir lui enlever les piles »… Ce genre de réaction me désole.

 

Commentaires

1. Le vendredi 21 août 2026, 10:49 par Marie-Thérèse

Je ne connaissais pas ce genre de VG « Visual novel », c’est original et rafraîchissant ces personnages de BD !
Dommage que cette quatrième enquête n’ait pas été aussi bien « pensée » que la dernière et qu’elle t’ait fait autant sauvegarder et recharger !
Le petit clin d’œil marseillais m’a fait bien plaisir, té !

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