Nostalgic Train (PS5)

Développé par : TATAMIBEYA (Japon), porté (ou au moins publié) sur PS5 par AMATA GAMES (Japon)

Sorti à l’origine en : juin 2018 (Japon, version PC)

Comment j’ai pratiqué : Terminé en 5h15 (6 sessions), sur PS5 avec la manette Dual Sense Edge. 30 images par secondes. Édition PS5 version 1.001.000. Textes en Français, pas de voix.

Bidouilles diverses : J’ai affecté le bouton croix sur la palette gauche de la Dual Sense Edge.

- Deux ondes tournoyantes à la fin d’un voyage -

« NOSTALGIC TRAIN » est un jeu d’aventure et un simulateur de promenade dans la campagne japonaise, en vue à la première personne. Tantôt mélancolique, tantôt fantastique, vous y serez confronté au mystère de personnes disparues dans une étrange « Natsugiri »— et à celui de votre identité.

Le jeu comprend un mode histoire (Deux ondes tournoyantes à la fin d’un voyage) et un mode exploration pour vous promener librement dans cet « Natsugiri ».

Laissez-vous immerger dans un monde fantastique, à l’histoire poignante et aux magnifiques décors, créé par le studio de jeux vidéo indépendants japonais Tatamibeya.

* Jeu sélectionné par le jury du 22ème prix des arts numériques du Ministère de la culture japonais.

[L’histoire]
Trop de lumière pour ouvrir les yeux.
Tout autour de moi, le chant des cigales, l’air humide. Mêlés à une légère odeur de brise marine.
Je suis assis dans une vieille gare, sur un banc de bois. Où suis-je ? Et que fais-je ici…?
Une campagne que j’ai l’air de connaître.
Une gare où il est écrit « Natsugiri ».
Une ligne de train à une seule voie.
Je me suis réveillé comme si j’avais été projeté dans une très vive lumière, mais j’avais perdu la mémoire.
Plus bizarre encore : je n’ai vu personne dans ce lieu étrange…
[1]

Nostalgic Train, ou NT, est ce que j’appelle un « simulateur de musée » (puisqu’on ne fait que déambuler à pied dans un lieu sans aucune interaction ou presque) couplé à un roman (ou une nouvelle disons) puisqu’il s’agit de se rendre à des points-clefs du village de Natsugiri pour y déclencher l’apparition de nombreux écrans de texte — nombreux au point d’être réellement à mi-chemin entre le vidéogiciel et la littérature.

Natsugiri est un merveilleux petit village japonais de campagne, au bord de la mer, bordé de montagnes. C’est l’été, donc on entend les cigales, et la météo change au fil du récit (à moins que ce soit aléatoire ?) mais la plupart du temps il fait beau et j’ai perçu cette luminosité caractéristique de l’été, des vacances… Qui charrie je trouve beaucoup de mélancolie, d’autant que le village est parfaitement vide.

Cette absence de toute vie humaine est justifiée par l’histoire, puisque la partie « littéraire » nous apprend que nous incarnons une femme qui s’éveille dans cette Natsugiri déserte sans aucun souvenir de comment elle y est arrivée ou de son identité. Une visite chez le libraire du coin permet à l’héroïne de découvrir dans un livre une légende qui pourrait bien expliquer ce qu’elle est en train de vivre : des gens sont susceptibles de subitement disparaître et se retrouver dans une dimension parallèle où ils sont tout seuls. Les autres dans la dimension « normale » perdent progressivement le souvenir du disparu, et alors ce dernier disparaît complètement (même de la seconde dimension).

L’héroïne serait donc bloquée dans cette dimension parallèle, en voie de disparition complète de la surface de la Terre.

Les séquences de littérature racontent souvent des scènes du monde réel que l’héroïne, sans être vue, parvient à observer, comme si elle y était projetée comme un fantôme pour en être témoin, mais sans pouvoir, en apparence, interagir.

Ces scènes font appel à de multiples personnages et décrivent des actions complexes. Elles se déroulent dans le monde réel, bien plus « rempli » et riche que notre dimension parallèle vide de toute vie humaine.

Et ces scènes, je le répète, sont racontées par des écrans de texte, blanc sur fond noir, qui se superposent à notre point de vue subjectif dans la dimension parallèle vide.

Si j’insiste autant pour vous décrire le procédé, c’est parce que j’ai éprouvé quelques difficultés avec ce mode de narration justement. Lorsque je lis un livre, mes yeux ne voient aucune forme de représentation visuelle du récit. Celle-ci est construite dans mon esprit uniquement à partir des mots. Et au contraire, dans un film ou un vidéogiciel, une représentation visuelle du récit se déploie sous mes yeux sans effort d’imagination à fournir.

Là où NT m’a posé problème, c’est qu’il fournit bel et bien une représentation visuelle (un monde en 3D magnifique et évocateur) mais qu’il me demande en parallèle de faire fonctionner à plein régime mon imagination avec des kilomètres d’écriture littéraire. Autrement dit : on a une image devant les yeux, et on doit s’en défaire pour en imaginer une autre à partir d’une narration textuelle.

Je ne peux pas m’empêcher de me dire que cette histoire de dimension parallèle est très pratique pour le développeur indépendant TATAMIBEYA (surnom d’Hiroshi Sakakibara), qui a une bonne excuse pour ne pas avoir à modéliser et animer le moindre être vivant acteur de son récit (humains, animaux…). Personnellement mon muscle d’imagination, sollicité quand je lis un roman, a eu bien du mal à se mettre en action alors qu’une image arrivait déjà jusqu’à lui. Il y a un effort mental supplémentaire, une souplesse à avoir, de juxtaposer sur une représentation visuelle existante et complexe, un récit, des personnages, une heure différente parfois, des sons, des animaux… J’ai trouvé ça assez perturbant et exigeant intellectuellement.

L’histoire en elle-même se déploie sur six ou sept chapitres. Chacun correspondant à une séquence du monde réel, tragique, dont l’héroïne parvient à modifier l’issue en s’emparant d’un objet-clef (toujours invisible pour nous, tout passe par le texte) et en l’emportant avec elle dans le train (qui fait une boucle, un tour du village jusqu’à revenir à la gare son point de départ). On finit par comprendre que ces séquences, en apparence sans lien entre elles, mettent en scène les réincarnations à travers les âges des mêmes âmes tourmentées qui rejouent des conflits non résolus.

Je n’ai pas trouvé l’écriture excellente de clarté, je l’ai trouvé trop ampoulée, peu efficace, et je pense que cela tient beaucoup à l’écriture originale et un peu aussi à l’adaptation française ; même si je n’ai aucun moyen de comparaison. Toujours est-il que j’ai dû quand même faire des efforts pour lire l’intégralité des écrans de texte, et eu besoin de m’arrêter entre chaque chapitre ; je ne me suis pas senti absolument passionné par le récit, et je serais bien en peine de vous raconter la fin. J’hésite entre dire qu’il y a deux ou trois âmes réincarnées, car un troisième personnage, masculin, est récurrent dans les séquences mais je ne me rappelle pas s’il avait oui ou non un équivalent dans le récit originel qui se déroule à l’époque des samouraïs.

Une chose que j’ai apprécié dans l’histoire de NT ce sont les bribes de vie du passé qu’elle nous livre. J’aurais aimé que le VG aille bien plus loin dans cette direction car je suis fasciné par les modes de vie de nos ancêtres (qui plus est d’une autre culture). Je dois citer à ce titre le mode « libre », distinct du mode « histoire », qui permet de se balader dans Natsugiri sans scénario mais avec des points d’informations culturelles partout dans le village. Mais ces points ne renseignent pas forcément sur le mode de vie à proprement parler (d’ailleurs aucune époque spécifique n’est ciblée, même si le cadre rural implique, je pense, moins de changements au fil du temps par rapport à une ville), ils renseignent plus sur des coutumes particulières comme la fête des lanternes flottantes, ou des objets comme le cendrier dans le train.

Un autre point qu’il me semble important de préciser, c’est combien le récit textuel est saccadé. Chaque chapitre n’est pas livré d’un bloc, loin de là ; au contraire il est subdivisé en une multitude de parties correspondant chacune à un point-clef à rallier dans le village. Ces sempiternelles coupures n’aident pas non plus à s’immerger dans le texte, d’autant que dans l’histoire qu’il nous raconte, l’héroïne n’est pas forcément censée revenir dans sa dimension parallèle à chaque fois que le texte s’interrompt… De fait, ces retours systématiques à la dimension parallèle vide ne sont même pas forcément justifiés par le récit raconté par le texte… Les déplacements que le VG nous demande sont justifiés par le récit textuel, ça oui, mais bien souvent dans le texte l’héroïne est censé effectuer ces déplacements dans le monde réel et non dans la dimension vide (quand elle est censée suivre quelqu’un du monde réel par exemple).

Donc il y a comme ça de multiples frictions entre la narration textuelle et ce dont le public du VG fait l’expérience. C’est dommage ! Ce genre du « simulateur de musée » est prisé par les développeurs indépendants pour raconter des histoires à peu de frais, mais rares à mon sens sont les VG qui réussissent à construire autour des contraintes du genre et pas contre elles. Pour moi l’expérience proposée par NT pâtit des contraintes de l’exercice, elle pâtit de ce que le développeur n’a pas été en mesure de modéliser et animer des êtres vivants dans son monde en 3D. Leur absence de l’écran gêne.

Pourtant, je garde un bon souvenir de NT, tant son environnement est un bonheur à observer et à explorer. J’y étais dans ce petit village rural du Japon, et j’aurais bien aimé y vivre une plus grande et plus ambitieuse aventure (même à échelle humaine intimiste, pas besoin d’épique ou de combats).

Il s'agit d'un vidéogiciel qui oscille entre le « simulateur de musée » (en l'occurrence un village de la campagne japonaise incroyablement agréable à arpenter) et le... roman. La dimension textuelle de l'histoire met en scène le village habité à différentes époques, est très hâchée et peine in fine à exister en constante alternance avec les déplacements dans l'environnement 3D. L'ambiance du village en été est cependant excellentissime, chargée de nostalgie, et le VG nous livre quelques infos intéressantes sur la culture rurale japonaise.
Verdict = dispensable | ok | vaut le coup ! | énormissime

 

Note(s)

  1. ^ Présentation du Playstation Store.

 

Galerie d’images

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Commençons par les images du village, que je trouve magnifique…
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…et voilà donc pour le tour du propriétaire.
02a
Trois écrans de texte issus de l’introduction. Je n’aime pas bien le côté ampoulé et pseudo-poétique qui ne me dit finalement pas grand chose de ce que vit le personnage…
02b
…« est-ce mon éternité » ressemble à une traduction un peu trop littérale…
02c
…« être entourée par du brouhaha », je trouve ça aussi moyen comme formulation en Français.
03
La boule blanche visible sur la droite de la route indique l’un de ces points-clefs dont je parlais plus haut, qui déclenchent la suite du texte. Ils apparaissent temporairement quand on appuie sur R2. Au début j’essayais de me rendre à chaque point-clef sans cette aide, donc sans faire apparaître les boules blanches, en me fiant juste aux indications du récit, mais en voyant combien ils sont facilement « loupables », j’ai renoncé – ici on constate bien qu’on peut aisément marcher sur la route en ratant le point-clef (tellement il est étroit).
04
Un exemple concret de juxtaposition d’une narration textuelle du monde réel sur la représentation visuelle de la dimension vide. Ça demande une certaine gymnastique mentale d’imaginer un autre monde que celui que le VG nous met sous les yeux. Peut-être le VG aurait-il dû appliquer un fond parfaitement noir (comme c’est le cas pour les transitions entre chapitres).
05a
Deux exemples d’infos culturelles issues du mode « libre »…
05b
…j’aime assez ces descriptions nostalgiques.
06
Les crédits.
07
Autre exemple de texte dont je trouve le style lourdingue.
08
Je ne sais pas, je trouve l’adaptation française peu adroite.
09
Un souvenir « enfoui dans le brouillard du passé »… J’appelle ça « en faire des tonnes » !

 

Commentaires

1. Le vendredi 24 juillet 2026, 18:16 par Marie-Thérèse

Bravo pour ce travail minutieux qui rend cette critique très immersive et sans parler de la galerie d’images qui nous promène dans Natsugiri et qui est un véritable enchantement !

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